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Les Dynamiques Territoriales Des Etats Unis Et Du Bresil Dissertation

Actuellement, les États-Unis et le Brésil sont respectivement les 1re et 6e puissances économiques mondiales. Ceci s’explique en partie par la mise en valeur performante de territoires aux ressources immenses. Les transformations qui les affectent sont ainsi comparables.

C’est pourquoi nous répondrons à la question suivante : quelles dynamiques territoriales sont à l’œuvre aux États-Unis et au Brésil, deux puissances mondiales ? Pour ce faire, nous rappellerons d’abord les atouts de leurs territoires, valorisés par leurs populations ; puis, nous montrerons que leur forte intégration à la mondialisation génère des évolutions similaires ; enfin, nous décrirons les déséquilibres spatiaux que cette insertion engendre.

Ainsi, les territoires des États-Unis et du Brésil sont en de nombreux points comparables : caractérisés par leurs fortes potentialités très tôt mises en valeur, ils sont affectés par des dynamiques liées à leur forte insertion mondiale ; celle-ci accroît en même temps leurs déséquilibres.

En somme, les dynamiques territoriales différenciées reflètent les contrastes entre une puissance avérée et une puissance émergente.

INTRODUCTION

 

Présentation. Les Etats-Unis et le Brésil sont les deux plus grandes puissances du continent américain. D’un côté, parce que les Etats-Unis, rassemblant 325 millions d’habitants répartis sur 9,6 millions de km2, sont la 1re puissance d’Amérique du Nord. D’un autre côté, parce que le Brésil, réunissant 205 millions d’habitants dispersés sur 8,5 millions de km2, est la 1re puissance d’Amérique du Sud. Les Etats-Unis et le Brésil, respectivement 3e et 5e puissance mondiale au regard de leur peuplement et de leur superficie, sont ainsi 17 et 15 fois plus grands que la France, elle-même 5 à 3 fois moins peuplée que ces deux géants. Mais alors que les Etats-Unis, 1re puissance mondiale, sont une hyperpuissance, le Brésil, classé au 7e rang mondial d’après son PIB, est seulement une puissance émergente.

Problématique. Dans quelle mesure les territoires des Etats-Unis et du Brésil contribuent-ils à leur puissance ?

Plan. Les territoires des Etats-Unis et du Brésil contribuent à la puissance de ces deux pays dans la mesure où leurs espaces, aménagés et intégrés, constituent des atouts plutôt que des faiblesses, quand bien même certaines inégalités socio-spatiales en contrarient le développement.

 

DEVELOPPEMENTS

 

[I] Les Etats-Unis et le Brésil disposent aujourd’hui d’un territoire aménagé, au sens où celui-ci constitue un atout plutôt qu’une faiblesse pour les deux pays. Mais alors que l'aménagement du territoire étatsunien est complet, celui du Brésil n’est encore que partiel.

[A] L'aménagement du territoire étatsunien est aujourd’hui complet. Les Etats-Unis, en effet, devenus officiellement indépendants de l’Angleterre en 1776, à une époque où le pays comprenait seulement 13 colonies implantées sur la côte Est du continent nord-américain, se sont ensuite lancés, à partir du XIXe siècle, à la conquête de l’Ouest jusqu’au Pacifique, afin d’acquérir de nouvelles terres (agricoles) et de nouvelles richesses (or, pétrole). Après avoir battu les Anglais, vaincu les Amérindiens et repoussé les Mexicains, les Américains, en un peu plus d’un siècle, preuve de leur Destinée manifeste, se sont ainsi rendus maître d’un pays-continent et de deux façades maritimes ouvertes sur le monde, l’Atlantique et le Pacifique. La maîtrise du territoire, après sa colonisation, fut la deuxième étape. Très vite, dès le XIXe siècle, les Américains ont multiplié les voies d’accès, routières puis ferroviaires (1869, construction du chemin de fer transcontinental), afin de relier les quatre points cardinaux, Nord-Sud, du Canada au Mexique, et Est-Ouest, de l’Atlantique au Pacifique. L’immensité du pays imposait aux Etats-Unis d’aménager un réseau de transports de premier ordre, sans lequel le développement économique aurait été ralenti. C’est aussi pour cette raison que, dans ce pays immense où les distances sont considérables, les télécommunications et l’avion ont trouvé leur plein épanouissement au cours du XXe siècle.

[B] L'aménagement du territoire brésilien, de son côté, n’est encore que partiel. Le Brésil, comme les Etats-Unis, a été colonisé par les Européens, qui sont arrivés par la mer sur la côte orientale, première mise en valeur. Mais, alors que la conquête du territoire a été rapide en Amérique du Nord, celle-ci a été plus lente en Amérique du Sud. Au Brésil, la progression s’est effectuée selon une double direction : d’Est en Ouest sous l’influence de la colonisation ; et du Nord au Sud à la faveur des différents cycles économiques, constitués d’avancées et d’abandons, privilégiant d’abord le Nordeste au temps des plantations de canne à sucre (Salvador de Bahia, Recife), puis le Sudeste au moment de l’industrialisation (Sao Paulo, Rio de Janeiro). Résultat : au milieu du XXe siècle encore, le Brésil mis en valeur ne s’étend pas à plus de 150 km de la côte. Le Brésil, enfin, contrairement aux Etats-Unis, n’a qu’une seule façade maritime, qui se termine par le cul-de-sac amazonien, très incomplètement contrôlé, malgré l’implantation en 1960 de la capitale Brasilia dans la partie sous-développée du pays pour désenclaver les régions intérieures délaissées. La maîtrise de l’espace est donc inégale. Elle est assurée pour les Etats-Unis par le réseau de transports et de télécommunication le plus vaste et le plus complet du monde. Elle demeure encore inachevée au Brésil, où elle suit un gradient décroissant du Sud-Est vers le Nord-0uest, malgré la construction de la route Transamazonienne et l’amélioration récente des réseaux de télécommunication. Voilà pourquoi, aujourd’hui, l’avancée du front pionnier amazonien répond à des intérêts politiques, économiques et sociaux : intérêts politiques, pour lutter contre les pertes de souveraineté au bénéfice de peuples premiers ou de pays voisins qui en revendiquent la propriété ; intérêts économiques, pour tirer des richesses de territoires encore peu mis en valeur ; intérêts sociaux, pour permettre aux paysans sans terre d’accéder à la propriété s’ils acceptent de s’établir dans le Grand Ouest.

[II] Les Etats-Unis et le Brésil disposent d’un territoire intégré, au sens où l’organisation de celui-ci lui permet d’être adapté aux exigences de la mondialisation. Mais alors que le territoire étatsunien est parfaitement intégré à la mondialisation, celui du Brésil ne l’est que moyennement.

[A] Le territoire étatsunien est parfaitement intégré à la mondialisation. Celui-ci, en effet, composé de cinquante Etats, est divisé en trois espaces principaux, tous intégrés à la mondialisation : d’une part, l’Est, surnommé la Manufacturing Belt, réunissant 40% de la population américaine ; d’autre part, l’Ouest et le Sud, surnommés la Sun Belt, rassemblant 50% des Américains ; enfin, le Centre, surnommé la Corn Belt, regroupant 10% des habitants. L’Est des Etats-Unis désigne une bande de territoires qui, situés au Nord, couvre une surface allant de la région des Grands Lacs (Chicago, Détroit, Cleveland, Pittsburgh) jusqu’à la côte Atlantique (Boston, New York, Philadelphie, Washington). Cette région, berceau du peuplement américain, constitue le cœur des Etats-Unis pour trois raisons principales : elle est la région la plus densément peuplée ; elle réalise 40% de la production industrielle du pays, d’où son nom de Manufacturing Belt (ceinture industrielle) ; elle concentre tous les lieux de pouvoir, à la fois politique et économique : Washington est la capitale du pays (Maison Blanche, Pentagone), tandis que New York détient les sièges sociaux des FTN, la Bourse de Wall Street et le siège de l’ONU. L’Ouest et le Sud des Etats-Unis désignent une bande de territoires qui, pour l’Ouest, couvre la côte Pacifique (Seattle, San Francisco, Los Angeles, San Diego) et qui, pour le Sud, englobe la frontière du Mexique (Phoenix, El Paso) ainsi que les Etats voisins du golfe du Mexique (Texas, Louisiane, Floride). Cette région est la plus dynamique du territoire américain pour deux raisons : d’une part, en raison de son ensoleillement, d’où son surnom de Sun Belt (ceinture du soleil), propice à l’implantation de nombreuses entreprises, souvent issues du secteur des services (Silicon Valley) ; d’autre part, en raison de la position de carrefour qu’elle occupe entre le Nord et le Sud (Amérique anglo-saxonne/Amérique latine) ainsi qu’entre l’Est et l’Ouest (Amérique/Asie). Le Centre des Etats-Unis, appelé aussi Corn Belt (ceinture du maïs) ou Middle West, désigne une bande de territoires situés au cœur du pays, sans accès à la mer, dont les villes principales sont : Salt Lake City, Denver, Minneapolis, Kansas City, et dont l’activité principale est l’agriculture, du fait de l’existence de Grandes Plaines agricoles divisées en immenses parcelles géométriques, tenant lieu de « grenier à blé » des Etats-Unis et même du monde. A chacun de ces trois espaces du territoire américain correspond ainsi un secteur d’activité principal : le secteur primaire pour la Corn Belt, le secteur secondaire pour la Manufacturing Belt, le secteur tertiaire pour la Sun Belt ; chacun de ces espaces apparaissant, de surcroît, comme le leader mondial de son secteur.

[B] Le territoire brésilien, lui, est moyennement intégré à la mondialisation. Celui-ci peut être divisé en trois grands espaces principaux. En premier lieu, le Sudeste et le Sud. Régions les plus dynamiques et les plus peuplées du Brésil, elles concentrent plus de la moitié de la population et produisent plus des 4/5e du PIB industriel du pays. Leur agriculture est aussi très performante, avec les grandes cultures liées à l’exportation. Sao Paulo, Rio de Janeiro, Belo Horizonte et Porto Alegre, capitale de l’altermondialisme, en sont les principaux centres. En second lieu, le Nordeste. Berceau de la première mise en valeur du pays, au temps des plantations de canne à sucre, la région abrite celle qui fut autrefois la première capitale du Brésil, Salvador de Bahia. Fortement marqué par l’héritage esclavagiste, le Nordeste est devenu la région la plus pauvre du pays. En troisième lieu, l’Ouest. C’est actuellement la région la plus mise en valeur, celle qui attire les hommes et les investissements. Longtemps « angle mort » du territoire brésilien, l’Ouest, hostile à l’homme, peu favorable au développement économique, en raison de son immensité, de son isolement et surtout de son couvert forestier, s’est doté depuis peu d’une nouvelle métropole plus excentrée encore que Brasilia, Manaus, dotée d’une importante zone franche pour les constructions mécaniques et les branches électroniques. Mais, au fond, si le Brésil apparaît comme un territoire inégalement intégré à la mondialisation, c’est surtout parce que, géographiquement, socialement, ethniquement, il apparaît sous les traits d’un pays marqué par de très fortes inégalités, chacune perceptible à différentes échelles : pays, villes et campagnes. Le pays, géographiquement, socialement, ethniquement, est coupé en deux : dans le Sudeste, au bord de la mer, autour des villes de Rio de Janeiro, Sao Paulo et Porto Alegre, où résident les Blancs, d’origine européenne, majoritairement citadins, la région bénéficie d’un niveau de développement élevé ; dans le Nordeste, en revanche, ainsi qu’au cœur de la forêt amazonienne, le long des fronts pionniers, tel celui du Mato Grosso (Grande Forêt), où vivent les Noirs et les Métis, d’origine africaine ou amérindienne, majoritairement ruraux, la région est en état de sous-développement.

[III] Les Etats-Unis et le Brésil sont marqués par des inégalités socio-spatiales. Dans ces deux pays métissés, en effet, où les citadins sont plus nombreux que les ruraux, les inégalités constituent la faiblesse des deux géants.

[A] Le territoire étatsunien, théâtre de fortes inégalités socio-spatiales, est un espace tout à la fois cosmopolite, urbanisé et inégalitaire. Sur le territoire étatsunien, que l’on compare volontiers parfois à une mosaïque ethnique, deux types d’hommes coexistent. D’une part, une majorité ethnique de Blancs (68%), essentiellement constituée de WASP (White Anglo-Saxon Protestant). Très majoritaire jusque dans la première moitié du XXe siècle, la part de Blancs dans la population totale tend à diminuer décennie après décennie. A New York, 40% des habitants ne parlent pas anglais à leur domicile, tandis que, dans les Etats du Sud, l’espagnol supplante parfois l’usage de l’anglais (Miami). D’autre part, une minorité ethnique, constituée d’Hispaniques, de Noirs et d’Asiatiques (32%). Au fil du temps, cependant, cette minorité est sur le point de devenir majorité (d’ici à 2050). Les groupes, toutefois, n’ont pas tous la même dynamique. Les Hispaniques (14%) constituent le 2e groupe national (depuis 2000), devant celui des Noirs (12%), des Asiatiques (4%) et des Multiraciaux (2%), un groupe ethnique créé en 2000 et auquel appartient notamment le golfeur Tiger Woods, parce qu’il puise ses racines dans la terre de trois continents différents. Tous ces Américains résident sur un territoire fortement urbanisé : 80% résident dans des espaces urbains (25% en centre-ville, 75% en banlieue), 20% dans un espace rural. Sur la côte Est, les villes sont si peuplées et si étendues qu’elles forment une mégalopole de 52 millions d’habitants appelée Mégalopolis, laquelle s’étire sur 800 km, de Boston à Washington, incluant New York, Philadelphie et Baltimore. D’autres mégalopoles sont en cours de constitution, comme celle de Californie : de San Francisco à San Diego (mégalopole SanSan) ; celle du Nord-Ouest : de Seattle à Vancouver, au Canada (Pugetopolis) ; ou encore celle de la Metrolina, dans le Sud-Est, dominée par Atlanta, qui relaie la Mégalopolis atlantique. Au cœur des métropoles, le Central Business District (CBD), appelé aussi Downtown, avec ses gratte-ciel prestigieux, ont pour but de rendre visible la toute-puissance économique des Etats-Unis. Paradoxalement, pourtant, les vieux quartiers résidentiels qui les entourent sont souvent dégradés et deviennent des ghettos, tandis que, en périphérie, s’étendent de gigantesques banlieues pavillonnaires, appelées suburbs, où s’installent de plus en plus d’entreprises, qui y trouvent des locaux plus fonctionnels, meilleur marché, et plus proches des résidences banlieusardes de leurs cadres et de leurs employés. La mobilité, enfin, reste une constante des Etats-Unis : plus de 40 millions d’Américains changent de résidence chaque année. La Sun Belt, en particulier, continue à attirer son lot de migration intérieure. La Californie, en particulier, plus grande que l’Italie, compte plus d’habitants que le Canada et serait la 6e puissance du monde, tandis que le Texas, plus grand que la France, se classerait au 10e rang, si ces deux régions étaient indépendantes.

[B] Le territoire brésilien, également théâtre de très fortes inégalités socio-spatiales, est, comme les Etats-Unis, un espace tout à la fois cosmopolite, urbanisé et inégalitaire. Le Brésil, à l’instar de son voisin du Nord, dont les seuls habitants autochtones sont les Amérindiens, est lui aussi un pays marqué par l’immigration : d’abord, celle des Européens, partis pour fuir une situation qu’ils déploraient dans leur pays natal ; ensuite, celle des Africains, arrivés contre leur gré pour travailler le plus souvent dans les champs au titre d’esclaves ; enfin, celle des Asiatiques, plus tardive et moins massive, venus au Brésil dans l’espoir d’une vie meilleure. Au Brésil, comme aux Etats-Unis, l’immigration, ancienne et massive, a ainsi créé une société cosmopolite (43% de la population est métisse), qui a favorisé l’éclosion du multilinguisme et du multiculturalisme, au détriment du melting pot. Si, toutefois, le brassage des populations est une réalité, la ségrégation socio-spatiale entre les différentes communautés en est une autre, alors même que les deux pays, Etats-Unis et Brésil, sont respectivement le 1er pôle d’immigration mondial et le 1er pôle d’immigration sud-américain. Dans les deux pays, enfin, fortement marqués par la métropolisation, le taux d’urbanisation voisine les 80%, alors qu’au Brésil, plus encore qu’aux Etats-Unis, les populations sont mal réparties, entre un littoral étroit surpeuplé (70%) et un intérieur immense quasi désert (30%). A l’intérieur des villes, tel Sao Paulo, capitale économique du pays, mégapole de 20 millions d’habitants, 5e agglomération du monde, la 2e d’Amérique latine, après Mexico, les inégalités sont encore plus criantes : d’un côté, les condominios fechados, quartiers riches des Blancs, composés de belles maisons et de beaux immeubles (CBD), fermés et surveillés par des agents de sécurité ; d’un autre côté, les favelas, quartiers pauvres des Noirs, composés d’habitations précaires, abandonnées à la misère et au crime. Dans les campagnes, enfin, les ségrégations ethniques et sociales sont sensiblement comparables : d’un côté, les grands propriétaires terriens, d’origine européenne, maîtres des latifundio ; d’un autre côté, les petits propriétaires fonciers, d’origine africaine ou amérindienne, maîtres des minifundio, ainsi que les « sans terre », des paysans privés de terres, faute d’argent, auxquels le président Lula da Silva, avait promis l’accès la propriété, mais au prix d’une destruction accélérée de la forêt amazonienne, déjà réduite depuis 30 ans d’une superficie égale à celle de la France tout entière. Au final, les défis du Brésil sont nombreux. Certes, son dynamisme économique, son poids démographique et son taux d’urbanisation (84%) plaident en sa faveur. Mais la persistance de ses inégalités sociales, malgré la réforme agraire du président Lula, ainsi que de son développement régional disgracieux, en dépit de la politique d’équilibre territoriale inaugurée ces dernières années, demeurent des contraintes que ni la volonté politique ni la croissance économique ne sont encore parvenues à surmonter.

 

CONCLUSION

 

Fermeture. La puissance mondiale des Etats-Unis et du Brésil doit donc beaucoup à leurs territoires, tout à la fois aménagés et intégrés, en dépit de la persistance d’inégalités socio-spatiales. A ce titre, l’espace géographique de ces deux pays, au même titre que leur politique, leur économie ou leur culture, constitue une force bien davantage qu’une faiblesse.

Ouverture. La persistance des inégalités socio-spatiales, toutefois, et l’épuisement des ressources, dans un avenir plus ou moins proche, ne pourraient-ils avoir pour conséquence de faire d’un atout une faiblesse et du territoire un frein plutôt qu’une dynamique de développement ?